Le régulateur américain vient d'élever son enquête sur le système Full Self-Driving de Tesla au stade d'analyse technique, celui qui précède généralement un rappel. Plus de 3,2 millions de véhicules sont concernés, neuf accidents ont été recensés dont un mortel, et les reproches portent sur l'incapacité du système à gérer des conditions de visibilité dégradée.
Neuf accidents
La NHTSA (le régulateur américain) avait ouvert une évaluation préliminaire en octobre 2024 après quatre accidents survenus dans des conditions de visibilité réduite. Le bilan s'est depuis alourdi : neuf accidents recensés, un piéton tué en novembre 2023 et un blessé. Six incidents supplémentaires sont en cours d'examen. Le problème identifié est assez clair : le système de détection de dégradation du FSD ne repère pas correctement les conditions courantes qui gênent la visibilité des caméras, comme l'éblouissement solaire, le brouillard ou la poussière en suspension. Et quand il finit par alerter le conducteur, c'est juste avant l'impact.
Rappelons que Tesla a fait le choix de supprimer les radars de ses véhicules mi-2021 pour ne reposer que sur les caméras, et ce malgré les mises en garde de certains de ses propres ingénieurs. Après ça, le constructeur a mis sept mois à signaler l'accident mortel de novembre 2023 à la NHTSA. Le lendemain de ce signalement, Tesla a commencé à développer une mise à jour du système de détection. Mais même selon les propres analyses de Tesla, cette correction n'aurait pu avoir un effet que sur trois des neuf accidents identifiés.
Trois enquêtes fédérales en parallèle
Et ce dossier sur la visibilité, c'est loin d'être le seul. La NHTSA mène actuellement trois investigations simultanées sur le FSD. La deuxième porte sur 80 infractions au code de la route documentées : feux rouges grillés, franchissements de lignes, déviations dans la voie opposée. Tesla a d'ailleurs eu du mal à fournir les données demandées et a obtenu deux prolongations de délai. La troisième enquête concerne les pratiques de signalement des accidents par Tesla, avec des soupçons de sous-déclaration.
L'analyse technique qui vient de s'ouvrir couvre 3 203 754 véhicules, soit la quasi-totalité de la flotte Tesla équipée du FSD aux États-Unis. Cette phase dure en général dix-huit mois et aboutit soit à la clôture du dossier, soit à un rappel.
On en dit quoi ?
Trois enquêtes fédérales en même temps sur le même logiciel de conduite autonome, on imagine bien que ça commence à devenir un peu compliqué pour Tesla. Le constructeur a fait le pari du tout-caméra il y a cinq ans, on ne peut pas vraiment conclure sur le fait que ce choix soit celui qui génère les accidents qui posent problème aussi, mais c'est en tout cas ce qui est suggéré. Difficile de tirer la moindre conclusion de cette affaire aujourd'hui, car rien ne prouve pour l'instant qu'avec des radars à la place des caméras, il y aurait eu moins d'accidents de ce type.